Retour aux articles Fin de l’ARENH : un tournant majeur pour le marché de l’électricité Copier l'url

Pendant plus de dix ans, le marché français de l’électricité s’est appuyé sur un mécanisme aussi structurant que discret : l’ARENH, pour Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique. Mis en place afin de favoriser la concurrence et de limiter l’exposition aux fluctuations des marchés de gros, ce dispositif permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter une partie de l’électricité nucléaire produite par EDF à un prix régulé, fixé à 42€/MWh. En pratique, l’ARENH jouait un rôle de stabilisateur, amortissant les chocs de prix et apportant de la visibilité aux acteurs du marché. Ce mécanisme est arrivé à son terme le 31 décembre 2025, marquant un changement profond dans le fonctionnement du marché de l’électricité en France. La fin de l’ARENH ne constitue pas un simple ajustement réglementaire, mais bien une rupture structurelle dans la manière dont l’électricité est produite, achetée et valorisée.

Ce qui remplace l’ARENH : le VNU, une nouvelle régulation du nucléaire

La fin de l’ARENH a conduit les pouvoirs publics à instaurer un nouveau mécanisme de régulation : le Versement Nucléaire Universel (VNU), jugé globalement moins protecteur pour le consommateur que le système précédent. Désormais, toute l’électricité nucléaire est vendue au prix du marché de gros. En contrepartie, lorsque ces prix deviennent trop élevés, une partie des revenus supplémentaires générés par le nucléaire est prélevée puis redistribuée aux consommateurs sous forme d’une réduction sur leur facture.

Dans les faits, ce mécanisme repose sur un prix de référence du nucléaire, correspondant à son coût de production, estimé par la CRE à environ 60 €/MWh, auquel l’État ajoute une marge qui correspond à la rémunération jugée nécessaire pour assurer la pérennité du parc nucléaire. Lorsque le prix moyen de vente de l’électricité nucléaire vendue par EDF sur le marché de gros dépasse ce niveau, une partie des revenus supplémentaires perçus par EDF est prélevée par l’État. Ce prélèvement est progressif : 50 % des revenus au-delà d’un premier seuil, puis 90 % au-delà d’un second seuil plus élevé, destiné à limiter les hausses de prix les plus importantes. Les montants collectés sont ensuite redistribués à l’ensemble des consommateurs sous forme d’une minoration de facture, appliquée par les fournisseurs, sans distinction de catégorie (ménages, entreprises, industriels).

Concrètement, le nouveau dispositif commence à s’activer lorsque les prix de marché dépassent environ 70 à 80 €/MWh, et devient fortement écrêté au-delà d’environ 110 €/MWh. Entre ces deux niveaux, les consommateurs restent exposés à la volatilité des prix, avec une compensation éventuelle qui n’intervient qu’a postériori. Autrement dit, malgré ce filet de sécurité, une partie de la facture reste imprévisible et les entreprises restent exposées aux fluctuations du marché. C’est dans ce contexte que produire et consommer localement son électricité solaire prend tout son sens : elle permet de sécuriser un coût stable, autour de 90 €/MWh dans de bonnes conditions, indépendamment des variations du marché. À cela s’ajoutent des économies supplémentaires sur les coûts liés à l’utilisation du réseau, qui peuvent représenter 30 à 50 €/MWh selon la puissance et le profil de consommation du site. Ensemble, ces deux effets – stabilité du prix de l’électricité et réduction des coûts réseau – permettent de réaliser des économies significatives par rapport au marché, tout en sécurisant un coût global maîtrisé pour l’entreprise.

Moins de visibilité, plus de dépendance aux marchés volatils

Avec la disparition de l’ARENH et son remplacement par ce nouveau cadre, les fournisseurs d’électricité sont désormais pleinement exposés aux marchés de gros, par nature volatils et sensibles aux tensions géopolitiques, aux conditions climatiques et aux équilibres offre-demande à l’échelle européenne. Le nouveau dispositif agit comme une protection partielle contre les envolées de prix, mais uniquement après coup et de manière mutualisée.

Il ne garantit ni prix stable en amont, ni volume d’électricité à prix régulé, contrairement à l’ARENH, et son efficacité dépend directement du niveau de production nucléaire : en cas de baisse de production, les montants redistribués seraient mécaniquement plus faibles. Cette protection est en outre limitée dans le temps, la minoration de facture n’étant appliquée que sur une partie de l’année, ce qui laisse les consommateurs plus exposés en période hivernale, lorsque les prix sont généralement les plus élevés. Même si les prix ont récemment reculé par rapport aux niveaux extrêmes de la crise énergétique de 2022, le rôle amortisseur structurel de l’ARENH n’existe plus sous la même forme.

Dans ce nouveau contexte, la question n’est plus seulement de savoir à quel prix acheter son électricité, mais aussi comment sécuriser son approvisionnement et maîtriser ses coûts sur le long terme.

Expert transition énergétique
Article écrit par notre experte
Kristina Fedossenko
Chef de Marché Energies Solaires
Source

Qui est notre experte Kristina Fedossenko ?

Convaincue que nous sommes tous acteurs du changement et que la transition énergétique aura un plus grand impact avec l'implication des entreprises, j’accompagne, au sein d’Idex, le développement de solutions solaires innovantes pour la production et le stockage d’énergie. Avec de nombreuses années d’expérience en marketing, j’aime allier stratégie, pédagogie et impact pour faire rayonner les énergies renouvelables auprès des entreprises et acteurs du territoire.

 

Les derniers articles

vue ville
  • Etat et collectivités
  • Habitat
Mis à jour le 3 septembre 2026

Comprendre le Marché Global de Performance Énergétique à Paiement Différé en 5’

Le cap est clair : atteindre la neutralité carbone en 2050 ! Pour le secteur du bâtiment, le besoin de financement est colossal : plus de 60 Mds€ par an sont nécessaires afin d’atteindre cet objectif. L’Etat, ses établissements publics et les collectivités territoriales sont directement concernés. C’est pour faire face à ce mur d’investissements que l’État a ouvert le tiers financement à ses établissements publics avec la loi du 30 mars 2023..
Lire l'article
 Stockage thermique
  • Industrie
Mis à jour le 3 septembre 2026

Électrification des utilités industrielles : le guide complet

Dans l’industrie française, près de la moitié de la consommation finale d’énergie provient encore des combustibles fossiles, essentiellement du gaz brûlé pour produire de la vapeur, de l’eau chaude et du froid. Ce socle énergétique porte un nom : les utilités industrielles. Il concentre aujourd’hui la majeure partie du potentiel de décarbonation accessible à court terme sur un site de production, et il constitue depuis longtemps un poste d'arbitrage financier et environnemental. Le plan d'électrification des usages d'avril 2026 vient toutefois rebattre les cartes du financement et remet le sujet en tête des priorités. Ce plan vise à diminuer la part des énergies fossiles dans la consommation finale d'environ 60% en 2023 à 40% en 2030, puis à moins de 30% en 2035. Que recouvrent exactement les utilités industrielles d’un site, et quel poids représentent-elles réellement ? Comment l’électrification des utilités industrielles se traduit-elle en technologies, en calendrier et en euros ? On fait le point ! 
Lire l'article
Capture d’écran 2024-10-11 125818.png
  • Industrie
Mis à jour le 27 août 2026

Chauffage par géothermie : comment chauffer bâtiments et territoires grâce à la chaleur du sous-sol

Sous nos pieds, une chaleur locale peut devenir une réponse concrète à la décarbonation des bâtiments et des territoires. Le chauffage par géothermie consiste à capter cette énergie dans le sous-sol, puis à la transformer en chaleur utile pour des logements collectifs, des équipements publics, des sites tertiaires, des établissements de santé ou des réseaux urbains. L’objectif est simple : produire du chauffage et de l’eau chaude sanitaire avec une ressource stable, disponible en continu et moins exposée aux variations des combustibles. Cette approche ne remplace pas seulement une chaudière par un autre équipement. Elle transforme la manière d’alimenter un bâtiment, un ensemble immobilier ou un réseau en chaleur : la ressource est locale, la production peut être mutualisée, et la performance se pilote dans le temps. Pour un maître d’ouvrage, l’enjeu est double : réduire les émissions tout en garantissant le confort des occupants. L’énergie du sous-sol devient alors une énergie de service, pensée pour durer.
Lire l'article