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La filière bois française exploite depuis toujours les ressources forestières dans le respect de la hiérarchie des usages. Production de bois d'œuvre avant tout, de bois d’industrie ensuite et enfin de bois-énergie ou biomasse énergie. Cette hiérarchie n’est pas qu’un choix. C’est également et surtout une logique nécessaire pour assurer la pérennité de cette ressource naturelle qu’est le bois : la production de bois à haute valeur ajoutée induit inévitablement celle de moindre qualité, valorisable en matière papier-carton et en énergie renouvelable. Aussi, la survenue d’un principe de hiérarchie des usages ou “usage en cascade” dans le troisième volet de la directive sur les énergies renouvelables (dite REDIII - discussions en cours pour une application en 2026-27) ne devrait pas inquiéter les professionnels du milieu du bois, dont ceux du bois-énergie. Et pourtant… Décryptage dans cet article. 

La forêt au cœur de nos enjeux environnementaux

La forêt est un espace naturel qui participe activement à l’équilibre de la planète avec de très nombreux services éco-systémiques rendus. Les espaces forestiers jouent un rôle majeur dans la régulation du climat à l’échelle mondiale notamment par leur action sur le cycle de l’eau, particulièrement sur la répartition géographique et l’intensité des précipitations. Ils contribuent activement au captage des gaz à effet de serre dont principalement le C02 avec : d’une part, le stockage du carbone dans l’écosystème qu’ils constituent ainsi que dans les matériaux bois et, d’autre part, à la séquestration annuelle du carbone via la croissance des arbres (flux de carbone). Ils améliorent aussi la qualité de l’air et contribuent à protéger les sols, notamment de l’érosion. C’est enfin un lieu où la biodiversité est riche, surtout quand des espaces protégés lui sont dédiés. 

La forêt est aussi un espace indispensable pour l’être humain avec la production de bois mais aussi par ses aspects récréatifs (apiculture, cueillette, loisirs sportifs…). Il est donc fondamental de concevoir les relations avec ces espaces naturels qui nous entourent, sous cet angle de respect des différentes fonctions qu’ils assurent. 

Le bois, une composante économique majeure dans notre société

Lorsque l’on se penche sur la fonction productive de la forêt, il faut rappeler que l’exploitation forestière française poursuit comme objectif premier la production de bois d'œuvre (BO) et non la production d’énergie renouvelable. Pourtant, la biomasse énergie représente 36 % de notre production nationale d'énergie primaire renouvelable. Le bois d'œuvre permet le stock long du carbone au travers de produits diversifiés dans la construction (charpentes, planches,..) et l’ameublement (chaises, tables, meubles…). 

biomasse

Pour parvenir à produire une telle qualité de bois, les forestiers accompagnent la croissance de la forêt en procédant à différentes interventions, qui permettent de favoriser la mise en valeur des individus d’avenir : dépressage, première et seconde éclaircies, cloisonnement… Ces étapes entraînent inévitablement la production de bois de qualité inférieure (tous les résidus de coupes qui ne sont pas des arbres d’intérêt), qui peuvent être valorisés pour d’une part pour produire de la pâte à papier, carton, panneau, isolation (billons de 2 à 4 m généralement- Bois d’Industrie BI) et d’autre part de la biomasse pour l’énergie (petits bois et rémanents dont le diamètre est encore assez important > 7 cm - BE). Le schéma ci-dessus permet d’illustrer ces 3 grandes catégories de bois au sein d’un arbre. Le schéma ci-après précise les flux de matière, selon les usages, depuis la forêt jusqu’aux exutoires. 

Crédit photo : France Stratégie

Une hiérarchie des usages à l’œuvre au quotidien dans la filière bois

La hiérarchie des usages apparaît encore lorsque les bois sont exploités dans les scieries et autres industries de première et seconde transformation. En effet, il est habituellement considéré que l’usinage d’une pièce de bois engendre jusqu’à 70% de déchets (écorces, dosses, délignures, déchets de coupe…) ! Ces sous produits sont aujourd’hui bien souvent valorisés en tant que source d’énergie : ils sont  auto-consommés par les industries afin de répondre aux besoins énergétiques de leurs sites. Ils sont également orientés vers les unités de production d’énergie renouvelable, comme celles exploitées par le groupe Idex. 

En travaillant ainsi, le milieu du bois a progressivement fait évoluer les différents usages des volumes de bois générés par l’amont (exploitation forestière) l’aval (industries de 1ère et 2nde transformation). Cela a également permis une diversification des revenus pour les différents maillons économiques de la chaîne de valeur. Cette hiérarchie des usages, mise en place de manière relativement naturelle, correspond-elle à celle que la nouvelle réglementation européenne annonce dans les années à venir? 

La REDII (Renewable Energy Directive) est actuellement en cours de déploiement chez les fournisseurs de biomasse comme sur les sites de production d’énergie (chaleur, électricité). Elle permet d’assurer que la durabilité de la biomasse valorisée en énergie renouvelable est bien prise en compte et respectée. Le volet suivant (REDIII) est aujourd’hui au début des échanges quant à son périmètre d’action et ses modalités d’application. Néanmoins, il est déjà acquis que cette nouvelle réglementation obligera à la nécessaire “application de la hiérarchie des déchets et de la mise en application du principe d’utilisation en cascade de la biomasse [...]. La biomasse ligneuse doit être utilisée en fonction de sa valeur économique et environnementale la plus élevée” selon la hiérarchie suivante : 

 

produits à base de bois

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allongement de la durée de vie des produits à base de bois 

|

réutilisation

|

recyclage

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bioénergie

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élimination

   

Si à la première lecture cet ordre semble logique, il existe une possibilité qu’une  compréhension faussée ou incomplète de cette hiérarchie entraîne une diminution drastique des flux vers l’énergie. 

“Mais pour aller où” ne manqueriez-vous pas de faire remarquer ?

Quelle place pour la biomasse dans la “hiérarchie des usages” selon l’Europe ou la “hiérarchie des usages” selon la filière bois ?

Les professionnels de la filière auront à user de pédagogie afin d’expliquer que cette hiérarchie des usages, aujourd’hui assurée selon une logique économique mais également technique, permet aux différents échelons de filière de fonctionner en cohérence les uns avec les autres et d’assurer la durabilité exigée par l’Union Européenne. Une application stricte et ne prenant pas en compte l’ensemble des usages actuels des bois forestiers, pourrait entraîner un grippage de la filière toute entière. Car si les exploitants ne perçoivent plus de revenus complémentaires grâce au bois énergie, ils ne seront plus en mesure d’assurer l’exploitation peu rentable à court terme des parcelles pour la production de bois d'œuvre. Mettant ainsi en péril la production de bois stockant durablement le carbone mais également l’exploitation de la forêt tout entière. 

Au moment où il est particulièrement prégnant de réinventer la nature des objets qui nous entourent ou les constructions qui nous abritent, il apparaît comme indispensable de garder en tête qu’une forêt exploitée correctement est une forêt productive et en bonne santé. La valorisation des bois malades en biomasse énergie, suite aux évolutions très rapides du climat, en est un exemple frappant et actuel. 

En bilan : oui à la hiérarchie des usages, telle que celle aujourd’hui pensée et mise en œuvre au quotidien sur le terrain par l’ensemble des acteurs.  

Source

1 https://franceboisforet.fr/la-foret/les-roles-de-la-foret/ 

2REDII : directive sur les énergies renouvelables. Cette version (II) insiste sur la notion de durabilité de la biomasse. Pour y répondre, les acteurs économiques doivent démontrer que l’usage des ressources de biomasse ne détruit pas les écosystèmes (eau, air, sol, biodiversité) et est raisonnable (maintien du capital de production, respect des droits du travail et de l’homme…

3 la REDI traitait également de la durabilité mais ne s’appliquait qu’à la production des biocarburants

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