Retour aux articles Piscines publiques : 5 leviers pour réduire drastiquement la consommation d'eau et d'énergie Copier l'url

Un parc vieillissant face à l'urgence énergétique

La crise énergétique de ces dernières années a mis en lumière une réalité préoccupante : nos piscines publiques sont devenues de véritables gouffres énergétiques. En 2024, alors que les collectivités font face à des factures qui explosent, la question de leur rénovation énergétique n'est plus une option, mais une nécessité. Un constat alarmant : une piscine publique consomme en moyenne entre 1 500 et 2 500 kWh/m²/an, soit dix fois plus qu'un bâtiment public standard.

Sur les 4 100 piscines publiques françaises, plus de 70% ont été construites avant 1995, dans une époque où l'efficacité énergétique n'était pas une priorité. Ces équipements vieillissants représentent entre 10% et 25% de la facture énergétique d'une commune, pouvant même atteindre 30 à 40% pour les collectivités disposant de moins de bâtiments.

La répartition des consommations énergétiques révèle trois postes majeurs : le chauffage et la déshumidification de l'air (60%), le chauffage de l'eau des bassins (30%) et la production d'eau chaude sanitaire (10%). Cette structure de consommation met en évidence les priorités d'action pour une rénovation efficace.

Un cadre réglementaire qui pousse à l'action

La rénovation énergétique des piscines publiques s'inscrit dans un cadre réglementaire de plus en plus exigeant. Le décret tertiaire de 2019 impose déjà aux centres aquatiques de réduire leur consommation énergétique de 40% d'ici 2030, 50% d'ici 2040 et 60% d'ici 2050, par rapport à une année de référence comprise entre 2010 et 2022.

L'arrêté "Valeurs Absolues IV" du 14 mars 2024 vient préciser ces obligations en fixant des seuils de consommation énergétique spécifiques pour les piscines publiques. Cette nouvelle réglementation établit des objectifs chiffrés en kWh/m²/an, distinguant deux types de consommations : d'une part les systèmes CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation), et d'autre part les usages spécifiques liés à l'intensité d'utilisation du bâtiment (USE).

Pour se conformer à ces exigences, les gestionnaires de piscines doivent désormais déclarer leurs consommations annuelles sur la plateforme OPERAT de l'ADEME. Cette obligation de suivi et de reporting s'accompagne de la nécessité de réaliser des audits énergétiques pour identifier les potentiels d'amélioration. Les bâtiments concernés sont ceux dont la surface est supérieure ou égale à 1000 m², ce qui englobe la majorité des piscines publiques.

Optimiser le traitement de l'air

Le traitement de l'air constitue le premier gisement d'économies d'énergie dans une piscine. Les nouvelles centrales de traitement d'air double flux avec récupération de chaleur permettent de réduire significativement les consommations tout en assurant une qualité d'air optimale. Ces équipements, dotés d'échangeurs haute performance, peuvent récupérer jusqu'à 80% de l'énergie contenue dans l'air extrait.

L'exemple de la piscine de Thonon-les-Bains est particulièrement éloquent. L'installation d'une centrale de traitement d'air nouvelle génération, couplée à un système de régulation intelligent, a permis de réduire de 55% la consommation énergétique globale. Le système adapte en temps réel ses paramètres de fonctionnement selon plusieurs variables : taux d'occupation, température extérieure, hygrométrie et qualité de l'air.

Renforcer l'isolation thermique

L'enveloppe du bâtiment joue un rôle crucial dans la performance énergétique globale. Selon l'ADEME, une isolation performante peut générer jusqu'à 30% d'économies sur les besoins de chauffage. Les solutions actuelles combinent plusieurs technologies : isolation des murs et de la toiture, remplacement des menuiseries par du double ou triple vitrage, traitement des ponts thermiques.

Le centre aquatique de Pessac, dont la livraison est prévue en 2025, illustre les meilleures pratiques en la matière. Sa conception bioclimatique intègre une toiture végétalisée de dernière génération qui assure une triple fonction : isolation thermique renforcée, rétention des eaux pluviales et support de biodiversité. Les baies vitrées, équipées de vitrages à contrôle solaire, optimisent les apports naturels tout en limitant les déperditions.

Optimiser la gestion de l'eau

La gestion de l'eau représente un enjeu majeur, tant sur le plan environnemental qu'économique. Les technologies actuelles permettent d'atteindre des objectifs de consommation entre 80 et 130 litres par jour et par baigneur, bien en deçà des moyennes historiques. Les filtres à billes de verre, qui remplacent progressivement le sable, réduisent de 20 à 30% les consommations d'eau de lavage tout en améliorant la qualité de la filtration.

À la piscine de Marville, l'installation d'échangeurs thermiques sur les eaux de renouvellement permet de préchauffer l'eau neuve des bassins, réduisant significativement les besoins en énergie pour le chauffage de l'eau. Les couvertures thermiques automatisées, déployées en période de fermeture, limitent l'évaporation et les déperditions thermiques.

Intégrer les énergies renouvelables

La transition vers les énergies renouvelables, comme la biomasse, la géothermie, constitue un axe majeur de la rénovation énergétique des piscines. La géothermie s'impose notamment comme une solution particulièrement adaptée aux besoins constants en chaleur des centres aquatiques. Selon l'ADEME, cette technologie permet d'obtenir une performance énergétique nettement supérieure aux solutions traditionnelles, tout en réduisant significativement les émissions de gaz à effet de serre.

L'expérience de Thonon-les-Bains est particulièrement probante. L'installation combine 250 m² de panneaux solaires thermiques avec une pompe à chaleur performante, permettant d'éviter l'émission de 3 000 tonnes de CO2 par an. Le solaire thermique assure le préchauffage de l'eau des bassins et des douches, tandis que la pompe à chaleur optimise la production de chaleur en fonction des besoins.

Le centre aquatique de Pessac illustre une approche encore plus intégrée. Le projet associe géothermie, panneaux photovoltaïques et récupération de chaleur dans une logique de complémentarité. Cette combinaison permet non seulement de réduire drastiquement la facture énergétique mais aussi d'atteindre une quasi-autonomie énergétique sur certaines périodes de l'année.

Déployer une gestion technique intelligente

La Gestion Technique du Bâtiment (GTB) représente la clé de voûte d'une exploitation optimisée. Les systèmes actuels permettent un pilotage fin de l'ensemble des équipements techniques : traitement d'air, température des bassins, éclairage, filtration. À Marville, la GTB analyse en temps réel de nombreux points de mesure pour ajuster les paramètres de fonctionnement selon l'occupation et les conditions climatiques.

Cette approche "smart building" permet de réduire les consommations tout en maintenant un niveau de confort optimal pour les usagers. Les économies générées peuvent atteindre 15 à 20% supplémentaires par rapport à une gestion traditionnelle.

Des retours d'expérience probants

Les projets récents démontrent l'efficacité de la combinaison de ces différents leviers. À Thonon-les-Bains, la rénovation globale a permis de réduire de 55% la consommation énergétique, dépassant largement les objectifs initiaux du décret tertiaire. Cette performance repose sur une approche systémique : production de chaleur renouvelable, ventilation performante, isolation renforcée et pilotage intelligent.

Le centre aquatique de Pessac, avec sa livraison prévue en 2025, incarne la nouvelle génération de piscines publiques. Son budget de 30 millions d'euros intègre les dernières innovations en matière d'efficacité énergétique. La conception bioclimatique, associée aux énergies renouvelables et à une gestion technique avancée, en fera un équipement exemplaire en termes de performance environnementale.

La piscine de Marville, site d'entraînement pour les Jeux Olympiques 2024, démontre qu'il est possible de concilier excellence sportive et sobriété énergétique. Ses 4 600 m² intègrent les technologies les plus récentes en matière d'efficacité énergétique, faisant de cette installation une référence pour les futures rénovations.

Un investissement rentable sur le long terme

Si l'investissement initial peut paraître conséquent, les retours d'expérience montrent qu'une rénovation globale permet d'atteindre 60 à 80% d'économies sur la facture énergétique. La piscine de Thonon-les-Bains en est l'illustration parfaite : le contrat de performance énergétique et environnementale a permis d'atteindre 55% d'économies d'énergie et d'éviter l'émission de 3 000 tonnes de CO2 par an.

Les aides financières disponibles facilitent le passage à l'action. Le Fonds Chaleur de l'ADEME, les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) et le programme ACTEE+ (2023-2026) offrent des solutions de financement adaptées. Ces dispositifs permettent aux collectivités d'engager des projets ambitieux, à l'image du centre aquatique de Pessac, dont le budget de 30 millions d'euros intègre les dernières innovations en matière d'efficacité énergétique.

Rénover aujourd'hui pour pérenniser les piscines publiques de demain

La rénovation énergétique des piscines publiques n'est plus une option mais une nécessité, tant sur le plan économique qu'environnemental. Les solutions techniques existent et ont fait leurs preuves, comme le démontrent les projets exemplaires de Thonon-les-Bains, Marville et Pessac. La combinaison des cinq leviers présentés - traitement de l'air, isolation, gestion de l'eau, énergies renouvelables et pilotage intelligent - permet d'atteindre les objectifs ambitieux fixés par la réglementation.

Les retours d'expérience montrent qu'une approche globale et méthodique, associée à une expertise technique pointue, est la clé du succès. L'accompagnement par des professionnels expérimentés permet aux collectivités de mener à bien ces projets complexes, garantissant ainsi la pérennité de ces équipements essentiels à la vie locale tout en maîtrisant leur impact environnemental. Avec des objectifs de réduction des consommations énergétiques de 40% d'ici 2030, la transformation du parc des piscines publiques est en marche, ouvrant la voie à une nouvelle génération d'équipements performants et durables.

FAQ : Réduction de la consommation d'eau et d'énergie dans les piscines publiques

Quelles sont les solutions les plus efficaces pour réduire la consommation énergétique des piscines publiques ?

Les solutions les plus efficaces combinent cinq leviers complémentaires : l'optimisation du traitement de l'air (qui représente 60% de la consommation énergétique), le renforcement de l'isolation thermique, l'optimisation de la gestion de l'eau, l'intégration des énergies renouvelables (géothermie, solaire thermique) et le déploiement d'une gestion technique intelligente (GTB). Des projets comme celui de Thonon-les-Bains démontrent qu'une approche globale peut générer jusqu'à 55% d'économies d'énergie.

Quelles obligations réglementaires s'appliquent aux piscines publiques en matière d'efficacité énergétique ?

Le décret tertiaire de 2019 impose aux centres aquatiques de réduire leur consommation énergétique de 40% d'ici 2030, 50% d'ici 2040 et 60% d'ici 2050. L'arrêté "Valeurs Absolues IV" du 14 mars 2024 fixe des seuils de consommation spécifiques en kWh/m²/an pour les piscines publiques. Les gestionnaires doivent désormais déclarer leurs consommations sur la plateforme OPERAT de l'ADEME et réaliser des audits énergétiques pour les bâtiments de plus de 1000 m².

Comment financer la rénovation énergétique d'une piscine publique ?

Plusieurs dispositifs financiers facilitent la rénovation énergétique des piscines publiques : le Fonds Chaleur de l'ADEME, les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) et le programme ACTEE+ (2023-2026). Bien que l'investissement initial puisse être conséquent, les retours d'expérience montrent qu'une rénovation globale permet d'atteindre 60 à 80% d'économies sur la facture énergétique. Les contrats de performance énergétique, comme celui de Thonon-les-Bains, garantissent l'atteinte des objectifs d'économies.

Quelle est la consommation moyenne d'une piscine publique et comment la réduire durablement ?

Une piscine publique consomme en moyenne entre 1500 et 2500 kWh/m²/an, soit dix fois plus qu'un bâtiment public standard. Pour réduire durablement cette consommation, il faut agir sur les trois postes majeurs : le chauffage et la déshumidification de l'air (60%), le chauffage de l'eau des bassins (30%) et la production d'eau chaude sanitaire (10%). Les technologies actuelles comme les centrales de traitement d'air double flux avec récupération de chaleur, les filtres à billes de verre, les couvertures thermiques automatisées et les énergies renouvelables permettent d'atteindre des objectifs de consommation nettement inférieurs aux moyennes historiques.

Source
  • ADEME (2022). Guide "Intégration des énergies renouvelables dans les centres aquatiques et les piscines"
  • FEDENE (2022). Guide rénovation et exploitation des piscines
  • Banque des Territoires (2024). "Rénovation énergétique des bâtiments publics : un enjeu majeur"
  • Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies (FNCCR). Programme ACTEE+ 2023-2026
  • Ministère de la Transition écologique (2024). Arrêté "Valeurs Absolues IV" du 14 mars 2024
  • Études de cas Idex :
    • Contrat de performance énergétique et environnementale de la piscine de Thonon-les-Bains
    • Centre aquatique de Pessac : projet de construction 2023-2025
    • Centre aquatique de Marville : site d'entraînement JO 2024

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